Un écho de porcelaine bleue à l’opéra

November 12, 2016  •  Laisser un commentaire

Par Fatiha Berrak, photos Thierry Dubuc

Opéra de Limoges, le samedi 12 novembre 2016

Roy Hargrove Quintet

Roy Hargrove - trompette

Justin Robinson - saxophone

Sullivan Fortner - piano

Ameen Saleem - basse

Quincy Phillips - batterie

 

 

Nous arrivons ce soir à Limoges, en direction de l’opéra sous un défilé de nuages éclatés qui dispensent leur fine pluie, il est presque 19h, il fait nuit nous sommes bien au coeur de l’automne, comme l’Opéra de Limoges est au coeur de sa ville, nous allons découvrir ce très beau lieu où se déroule le Festival de Jazz “Eclats d’Email“ du 9 au 20 Novembre … La programmation s’annonce d’ailleurs à la hauteur de ces jours d’effervescence avec entre autres Kyle Eastwood, Steve Kuhn, Bruce Brubaker, Itamar Borochov, Avishai Cohen (trompettiste), il y a aussi Matthew Skoller un incroyable harmoniciste du blues électrique ou encore un jeune et très talentueux pianiste toulousain Lorenzo Naccarato.

 

 

Mais pour l’heure, nous sommes là pour découvrir Roy Hargrove un remarquable trompettiste originaire du texas … C’est Wynton Marsalis qui le découvre lors d’une visite dans son université, il lui ouvre alors les portes pour une tournée en Europe et au Japon.

A 19 ans le jeune homme étudie pendant un an au Berklee College of music de Boston puis rejoint finalement la New School de New York. Son premier album solo “Diamond in the rough“ trace ses pistes en 1989, son dernier album “Emergence“ en 2009 en tout 14 albums, sans faire l’impasse sur son groupe “The RH Factor“ et leurs “Distractions“ chez Verve records en 2006 un (EP) “Strength“ en 2004 ainsi que “Hard Groove“ en 2003“ 

 

 

En tant que sideman, Roy Hargrove aura enregistré une vingtaine de disques avec bon nombre d’artistes dont John Mayer, Shirley Horn, Herbie Hancock feat Michael Brecker, Jimmy Smith, Erykah Badu et plus récemment, Cyrille Aimée.

 

 

Tout le monde est confortablement installé sur son siège rouge de joie à l’idée de nous accueillir.  

Nous avons juste le temps de plonger notre regard sur la foule bien rangée à l’étage en dessous, la salle est comble et calme … Le temps de lever les yeux pour apercevoir un petit groupe de spectateurs isolés volontaires sur leur perchoir “les aigles du soir“… Enfin les rideaux qui séparent la scène des coulisses s’entrouvrent, le quintet entre en coeur, cinq silhouettes souples, 5 musiciens à l’allure classe mais avec une décontraction toute naturelle, chacun gagne sa place et le saxo immédiatement prend la parole et ne la cède plus avant un bon moment il est bavard presque en colère il est pressé, monte le ton, chacun lui permet l’expression jusqu’au bout du souffle et du souffle il en a … Une chose est sûr, tous en redemandent. Il y a aussi ce passage où Roy Hargrove nous parle tout bas et nous tient au creux de sa main, nous qui sommes accrochés à ses yeux clos pour mieux voir de l’intérieur où seules les notes le touchent …  Roy Hargrove chante "My Personal Possession" composée par Rose Marie McCoy et Charles Singleton. Plus la soirée s’écoule plus elle devient mélodieuse …

 

 

Il y a sur scène comme un petit je ne sais quoi qui pourrait aussi par moment laisser planer une nuée de gravité, de fragilité, une fêlure voyageuse au parfum du climat nord américain, juste un certain quelque chose qui part et discrètement revient frôler nos pensées conscientes malgré nos beaux moments d’écoute. Ce parfum cet état d’âme d’un monde qui nous échappe et distribue des cartes que parfois nul n’a réellement souhaité

 

 

On se croirait dehors quelque part, dans une rue vide ou presque, peu de passants sous un parapluie où pas. Les néons vifs se reflètent sur le sol où les larmes ruissellent, alors que Roy entonne “Never Let Me Go“…

On retiendra aussi ses quelques pas de danse en toute finesse dans la pénombre d’un coin de scène comme des rayons de sourire.


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